TOMBOUCTOU. La Semaine de la Paix et le message de la Cité des 333 saints

Par Tinalbaraka Walet Mohamed Aly, stagiaire. Un vent d’espoir souffle à nouveau sur Tombouctou alors que vient de prendre fin la semaine de paix et de réconciliation qui s’est tenue dans la ville  du 30 mars au 4 avril 2014. Les témoignages recueillis auprès des habitants de la ville de Tombouctou permettent de prendre de prendre la mesure de l’optimisme général quant au processus de réconciliation même si certaines personnes jointes par téléphone émettent, prudemment, quelques réserves.

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Dépasser le conflit, ne plus taire les blessures

Le conflit qui a secoué le Mali à partir en janvier 2012 est certainement sans précédent dans l’histoire du pays. La dernière rébellion touarègue initiée par le MNLA (Mouvement National de Libération de  l’Azawad) a été lourde de conséquences à plusieurs niveaux. Elle a été suivie d’un imbroglio politique et institutionnel (le coup d’Etat qui a renversé le Président ATT en mars 2012), mais aussi d’une crise sécuritaire qui a contraint de nombreux Maliens à se déplacer aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. L’occupation du septentrion malien par les Islamistes pendant de longs mois, a attesté de la faiblesse du gouvernement à assurer le contrôle du territoire national.

Les Islamistes ont régné au Nord du Mali d’une main de fer. Le quotidien des populations a été impacté notamment du fait de la difficulté à acheminer les denrées alimentaires. Sur le plan politique et social, l’occupation de la ville par les islamistes a conduit à l’énonciation de multiples  interdictions dont celle  pour les femmes de se voiler, de celle de fumer ou encore d’écouter ou de jouer de la musique. En cas d’enfreinte à ces nouvelles règles, les sanctions étaient particulièrement lourdes (amputations, fouet). La volonté des milices islamistes de faire appliquer la sharia s’est manifestée, de manière particulièrement visible par la destruction de plusieurs mausolées dédiés aux saints de la ville mais aussi par la destruction de manuscrits anciens.

Le conflit latent entre le gouvernement malien et les groupes armés, la mémoire de occupation islamiste, les exactions et amalgames dont certains ont été victimes et la crise dans son ensemble ont créé de nombreux problèmes qu’il est urgent  de résoudre. C’est dans ce cadre qu’a été organisée la Semaine de la paix et de la réconciliation de Tombouctou. Le but principal de cette semaine était de trouver était de trouver des solutions et de redéfinir de nouvelles bases pour un nouveau vivre ensemble. A l’issu de cette semaine d’échanges, le message principal est que toutes les communautés veulent vivre en paix  et en parfaite harmonie comme par le passé. Si le but est fixé, le chemin a été tracé, le bout du tunnel peut sembler encore lointain.

Organiser un dialogue national autour de la réconciliation

«La Semaine de Tombouctou pour la paix et la réconciliation» traduit une volonté nationale et internationale de trouver des solutions pérennes aux multiples crises que
connaît le Mali depuis son indépendance. Cette rencontre qui se voulait inclusive a ressemblé un nombre important de participants venant de divers horizons. Elle s’est déroulée au Centre Ahmed Baba, ce même centre qui a été en partie la cible des Islamistes durant l’occupation comme certains édifices historiques de la Ville Sainte.

Elle vient à la suite d’autres rencontres du même type qui se sont déroulées à Bamako (Assises sur le nord, novembre 2013), à Gao (le Forum des jeunes pour la paix et la réconciliation à l’initiative la MINUSMA, en février 2014), et à Niamey  (Forum de concertations des communautés du nord Mali organisé, mars 2014).

La rencontre de Tombouctou marque vraisemblablement un pas important dans le processus de réconciliation nationale en cours au Mali. Alors que la rencontre de Bamako en novembre 2013 a été boycottée par le MNLA et le MAA, la semaine de Tombouctou semble avoir rempli le pari de réunir toutes les parties en présence. En effet,  la semaine pour la paix et la réconciliation était inclusive de toutes les parties prenantes au conflit et de divers acteurs; il y avait des représentants des trois régions du nord et des autres localités du Mali : maires, préfets, députés, ministres, des représentants des populations réfugiées et d’associations, des chefs communautaires et religieux et des représentants des Nations Unies, de la Francophonie, du Liptako Gourma etc.

Il a été question essentiellement de paix et de réconciliation, de développement et de sécurité en général. Les échanges ont également  porté sur  le rôle de la jeunesse dans le processus de réconciliation et celui de l’histoire sachant que la ville dispose d’ une longue et riche histoire de cohabitation entre différents peuples ainsi qu’un héritage culturel important qui pourra être utile en la matière. Durant  la semaine, les participants se sont repartis trois groupes de travail qui ont traité de différentes problématiques. A l’issue de ces travaux de réflexion, une séance plénière  s’est tenue durant laquelle des recommandations sur les différentes problématiques ont été formulées.

Les échanges de la rencontre ont été constructifs à en croire les différentes interventions et réactions. Un notable de la ville qualifie la rencontre de «Moment de vérité et de franchise».Pour le Ministre malien délégué à la décentralisation, le sentiment  est identique  et le bilan de la rencontre s’avère positif « Le forum a bénéficié des expériences multiples, des vécues en terme de défis, de conflits, de souffrances, d’actes de courage et d’innovations insoupçonnées mises en œuvre par les communautés de la région de Tombouctou.»

La semaine de la paix de Tombouctou a été riche en échanges, parmi lesquels se distingue une position communément partagée concernant l’absence de problèmes entre les communautés même si des propos en ce sens ont pu être tenus. Un participant joint par téléphone nous apprend qu’il n’y a pas de problèmes majeurs entre les communautés, il clame haut et fort : « Les gens ont envie de revivre ensemble. Les Touaregs et les Arabes commencent à revenir.» Un message fort de paix nous parvient donc de la ville sainte, mais la paix si chère au cœur  des Maliens a des conditions.

Tombouctou et la demande de justice

La première concerne la justice. Des demandes fortes ont été formulées en ce sens, notamment pour que les victimes se voient reconnues, et que les coupables soient punis à la hauteur de leurs crimes. Certains participants ont soulevé l’
échec des différentes stratégies mises en place lors des conflits précédents. Pourtant un certain pessimisme concernant les chances de réussite de ce processus de réconciliation règne. Ainsi, un responsable d’une ONG locale regrette le fait que la cérémonie de la flamme de paix qui a eu lieu à Tombouctou en 1996 n’ait pas été suivie d’effets majeurs.

La capacité de l’Etat à bien gouverner

La seconde condition du succès de la réconciliation tient à la capacité du Mali à mieux gérer les problèmes liés à la corruption et à la mauvaise gouvernance. Il était important de souligner ce point qui revient fréquemment dans l’analyse des causes des conflits qui sévissent dans le septentrion malien. Le nord Mali a été mal géré par les autorités, les fonds alloués au développement des ces régions n’ont pas été utilisés à bon escient. Il faut donc rompre avec ces pratiques. Cette recommandation va de pair avec celle visant le renforcement de l’Administration de l’Etat dans les régions du Mali qui doit permettre à l’Etat d’intervenir dans la gestion des conflits tout en assurant la promotion d’une culture de la paix capable d’impliquer la jeunesse du pays.

L’importance du désarmement des groupes

Enfin, c’est le désarmement des milices qui a été évoqué comme la condition première de l’instauration d’une paix durable. En effet, si le territoire du Mali est entièrement repassé sous le contrôle du gouvernement et des forces internationales, la présence d’armes de guerre, de munitions et d’armes légères demeure une réalité qui fait peser un risque pour la stabilisation politique du pays. 

 

De l’avis des témoins et des participants, la Semaine pour la Paix et la Réconciliation a été  une réussite. Cependant, des doutes demeurent quant à la capacité du gouvernement, des autorités et de la population à concrétiser les propositions faites. Les témoignages que nous avons pu recueillir indiquent une insistance sur ce point.